Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 22:13

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      Jack Torrance, ex professeur qui se voudrait écrivain, accepte le poste de gardien de l'hôtel Overlook, un palace isolé dans les montagnes rocheuses du Colorado, vidé et coupé du reste du monde durant tout l'hiver. Le directeur de l'hôtel prévient Jack qu'il y a plusieurs années, un précédent gardien, nommé Grady, avait assassiné sa femme et ses deux filles avec une hache. Il décide de s'installer malgré tout dans l'hôtel avec sa femme Wendy et son fils Danny. Les evènements passés vont ils se répéter? Danny semble savoir bien des choses sur l'hôtel, des visions sanglantes l'avertissent des dangers à venir...



      Shining, ou quand un maître de l'image touche à tout s'attaque au film d'horreur. Trois oeuvres bien différentes sont à l'origine de cette ténébreuse pelloche : The Shining, bouquin assez médiocre de Stephen King parlant de maison hantée et d'écrivain alcoolique (il y a toujours un écrivain alcoolique chez King); Barry Lyndon, précédent film de Kubrick, adoptant un ton très juste entre récit d'aventure et reconstitution d'époque, et pourtant un cuisant échec commercial; et enfin, l'Exorciste de William Friedkin, rival parfait pour la mégalomanie de Kubrick, film qui s'est révélé une courte incursion dans le fantastique pour un docteur es polar, et qui aujourd'hui encore fait figure de cas d'école. Remonté par un projet excitant (adapter le roman de King, donc), Kubrick compte bien réaliser le film d'horreur ultime, et va mettre au service de cette histoire tout son perfectionnisme et sa méticulosité. Quitte à "trahir" le roman de King (Dieu merci). Quitte à élaguer le récit de ses oripeaux de banalité pour l'inscrire parfaitement dans la continuité de l'oeuvre du maître.

 

 

 

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      Car il faut bien dire que le scénario ne brille pas par son originalité. Le film d'horreur est un genre déja bien typé en soit, mais le sous genre assez horripilant de la maison hantée l'est d'autant plus. De plus, aucun dialogue n'est vraiment informatif et, donc, indispensable. Qu'à cela ne tienne, Kubrick va composer des plans qui parlent suffisamment d'eux mêmes, et transcendent le scénario au delà des plus pessimistes espérances. Shining regorge de séquences à la limite de l'onirisme qui hantent durablement l'imaginaire (un générique opératique et glacé qui situe l'espace de l'action, une course poursuite dans la tempête où les mouvements s'estompent puis se figent) et des visions baroques qui tranchent avec l'apparente tranquilité des décors (les flots de sang, les fillettes éventrées).



      Bien évidemment, les fanatiques de l'écrivain (et l'écrivain lui même aussi d'ailleurs) ont renié le film. Il faut dire que Kubrick n'y est pas allé de main morte, et a taillé dans le gras pour vider le récit de presque tous ses éléments fantastiques, ne gardant que le don de Shining, mais le reléguant au second plan. Ainsi, l'hôtel Overlook n'est plus une antichambre de l'enfer, mais le reflet tordu et tourmenté de la psyché de Jack Torrance, de ses obsessions et de ses névroses. L'extralucidité de Danny ne sera que prétexte à des visions purement horrifiques, dont l'absence, il faut bien l'avouer, aurait cruellement manqué au film. Kubrick amaigrira encore plus le film avec l'édition européenne (vivement conseillée par votre serviteur) en resserrant le huis clos et en limitant encore plus l'importance du shining. Ce qui force également le respect est le soin maniaque porté aux décors : n'est ce pas le labyrinthe de verdure que l'on retrouve dans les motifs de la moquette que parcourt inlassablement le jeune Danny? Mais l'hôtel lui même, avec ses couloirs interminables et son architecture insaisissable, n'est il pas un labyrinthe? Kubrick reproduit avec ironie les intérieurs rassurants des appartements américains des seventies, en y ajoutant un sous entendu intéressant. Car, sous cette patine lisse et propre, reposent des tabous (à l'image de la chambre 237, "interdite") et, sous les fondations, des cadavres putréfiés (la macchabée dans la baignoire) que les jeunes générations ne doivent pas déterrer. Comme vous le voyez, les sous textes sont multiples et passionnants.

 

 

 

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      L'autre personne à avoir su tirer son épingle du film, c'est bien sûr Jack Nicholson, qui met son visage diabolique au service du réalisateur pour que celui ci puisse le modeler et le remodeler, le rendant tour à tour pathétique ou effrayant. L'image du visage d'un Jack Torrance écumant de folie furieuse et s'immisçant dans une porte tailladée à la hache est désormais imprimée au fer rouge dans l'inconscient de tout un chacun. Etonnant également, le jeune Danny Loyd qui a le mérite de ne pas rendre le personnage crispant, mais l'illuminant plutôt d'une candeur bienvenue. Enfin, Shelley Duvall et son physique... amusant, détourné par Kubrick pour incarner une femme soumise qui renvoit une peur tangible au spectateur. Une interprétation qui flirte avec le contre emploi, mais qui n'empêchera pas l'actrice de sombrer dans l'oubli cinematographique, et c'est bien dommage.



      Avec Shining, Kubrick montre bien qu'une histoire mauvaise ne fait pas un mauvais film, l'image restant le moyen prépondérant dans ce media qu'est le Septième Art. Ainsi, les plus grandes interrogations seront soulevées par l'image finale du film (la vieille photo) : réincarnation? Fantôme assimilé par la maison? Quand même, Kubrick a les couilles de remettre en cause tous ses partis pris thématiques dans les ultimes secondes du métrage. Mégalomane, perfectionniste et couillu : n'est ce pas la représentation parfaite de l'Artiste?

Par El Jono
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