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Cinq ans après la fin de la guerre de Sécession, quelque part dans les montagnes enneigées de l'Ouest américain, un homme solitaire, Gideon, est soudain victime d'une attaque en
règle. Des coups de feu éclatent et, s'il est assez vif pour échapper à la mort, il est tout de même touché à l'épaule. Abandonnant tout, il prend la fuite. Cette attaque, il la doit à Carver,
colonel yankee, prêt à tout pour avoir sa peau. Une très longue traque s'engage...
Tout doucement, le genre si précieux du western reprend des couleurs, après deux decennies de douloureux oublis cinematographiques. On peut notamment remercier messieurs Costner,
Harris et Mangold et de nous avoir offert des exercices de style aussi flamboyants qu'Open Range, Appaloosa ou 3h10 pour Yuma, et d'avoir deterré, par la même occasion, un genre essentiel pour le
cinema, comme l'a fait Ridley Scott pour le peplum. Le cas qui nous interesse aujourd'hui est tout aussi passionnant. David Von Ancken, réalisateur canadien jusque là cantonné à la television,
s'attaque pour son premier long métrage au cinema (et pourtant inédit en France), aux paysages grandioses et aux résidus de la Guerre Civile de L'Ouest américain. Et quant à faire, pourquoi ne
pas teinter le scénario d'une nuance de mysticisme et de symbolisme religieux, histoire d'offrir au film un grain d'originalité fort bienvenu? Comme quoi, on peut trouver des surprises assez
estomaquantes dans les rayons DTV, entre un film d'horreur bas de gamme et une suite médiocre de film prestigieux.
Le Van Ancken met les petits plats dans les grands pour son western, et utilise un Cinemascope de grande qualité pour magnifier les paysages variés qui serviront de
décor à la traque presque métaphysique que livre le personnage de Liam Neeson au général déchu qu'incarne Pierce Brosnan. Le Canadien fait se perdre ses personnages dans le cadre comme dans
l'espace, touffu en première bobine (la montagne enneigée), mais de plus en plus vide au fil du métrage (un désert mystique où erre une allégorie du diable grimée sous les traits de la roublarde
Angelica Huston). Quoi de mieux pour faire respirer la pellicule que d'utiliser un Cinemascope avec un tel angle focal? La réalisation du sieur Van Ancken s'en trouve sublimée de bout en bout,
d'errance dans la nature sauvage de l'Ouest américain à de pures séquences de survie en milieu hostile (Rambo peut avoir honte en voyant le personnage de Gideon allumer péniblement un feu avec
les moyens du bord pour s'arracher une balle de plomb fichée dans l'épaule).
Et derrière la simple beauté formelle, un scénario simple mais original dans son agencement. Autant Van Ancken reprend certains tics récurrents (le motif de la
traque n'est révélé qu'en dernière bobine), autant il prend à contrepied ce qui fait l'atmosphère même d'un western, en introduisant une symbolique thématique assez intéressante (l'errance
presque rédemptrice de Gideon), qui flirte de manière ouverte avec le religieux ("Qui a tué par le glaive périra par le glaive") ou le fantastique (les apparitions fantasmatiques de Wes Studi et
Angelica Huston, qui propose un pacte très luciferien). Le traitement narratif se voit lui même doté d'une saveur très biblique, de par la solitude sentimentale qu'impliquent les aspirations des
personnages principaux, ou l'évolution de l'espace au fil du récit. Plus la traque se poursuit, plus Van Ancken élague le casting du tronc narratif, réduit les personnages secondaires, fait
évoluer par le vide les décors. L'univers du film passe de la forêt enneigée et de la rivière glacée à un désert de plus en plus brûlant et oublié de la vie humaine, théâtre de la dernière
confrontation entre deux hommes que l'adversité et la haine auront fini de rapprocher, jusqu'à les confondre (caractèristique intrinsèque au film de vengeance).
Le casting n'est pas en reste : outre les quelques apparitions citées plus haut, le trio principal est composé de Liam Neeson, toujours à l'aise dans les rôles
ambigus et mystérieux, de Michael Wincott (et de sa vois d'outre tombe), mais aussi, et surtout, de Pierce Brosnan, ébouriffant dans un rôle à contre emploi à mille lieues des james bonderies qui
l'ont rendu célèbre. Le personnage de Gideon rappelle bien plus celui du faux indien qu'il incarnait dans Grey Owl. Et voir le James Bond de Goldeneye (celui qui se tapait des top models russes)
avec une barbasse de chercheur d'or, en train de gueuler comme un putois en se cautérisant une plaie avec trois bouts de ficelle, ça a quelque chose de forcément jouissif, et cela a
définitivement renforcé la sympathie de votre serviteur pour l'Irlandais (alors que d'habitude il se retrouve plutôt dans les rôles de Neeson, l'autre Irlandais).
Seraphim Falls est donc une bonne surprise à l'arrivée : western très frais qui s'inscrit parfaitement dans le Cowboy Revival des années 2000 (discret je vous
l'accorde), distribution parfaite et bien exploitée, direction artistique éclatante (je vous ai pas parlé de la photo tiens...) et, surtout, la révélation d'un réalisateur à suivre. Mis à part
quelques menus défauts de mise en scène (le flashback explicatif fait quand même très cliché), David Van Ancken met en avant une certaine ampleur dans l'utilisation de la camera. Une réussite qui
reste cependant à confirmer (en espérant qu'il ne retourne pas à la télévision...).
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