Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 19:15

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      Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d’incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – se fabrique lui-même un costume, et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Dans son délire, il n’a qu’un seul problème : Kick-Ass n’a pas le moindre superpouvoir… Le voilà pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s’associe bientôt à d’autres délirants copycats décidés eux aussi à faire régner la justice. Parmi eux, une enfant de 11 ans, Hit Girl et son père Big Daddy, mais aussi Red Mist. Le parrain de la mafia locale, Frank D’Amico, va leur donner l’occasion de montrer ce dont ils sont capables…



      Comic-Con 2009. Les fans de comic books assistent pour la première fois à la projection de Kick Ass, film indépendant qui se trouve être l'adaptation de la BD du même nom de Mark Millar. Le film, avec son humour de 90 tonnes à la Braindead et ses héros super attachants, retient aussitôt l'attention des geeks du coin, et donne rendez vous au reste du monde dans les salles sombres. Mais pourquoi un financement indépendant?Le réalisateur Matthew Vaughn (Stardust), le script sous les bras, voit sa tournée des majors tourner à l'échec, la BD de Millar n'étant pas un modèle de tendresse et de naïveté. Pas étonnant de voir les producteurs jouer les pucelles effarouchées devant une gamine de onze ans qui massacre des gangsters telle une héroïne de beat'em all. Difficile de dire si le film est meilleur ou moins bon que son modèle, disons qu'il le reproduit parfaitement dans sa première partie (défauts y compris), mais s'en éloigne un peu par la suite, en versant un peu moins dans le cynisme, et en capitalisant sur un amour sans borne pour ses personnages et son univers. Kick Ass s'aventure sur un territoire codé à l'exces, en ayant à l'esprit de tous les transgresser un par un.

 

 

 

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      En ces temps de remakes foireux et de reboots en tous genres montrant bien à quel point les producteurs frileux de Holywood ne savent plus comment gagner du pognon autrement que par l'exploitation de franchises et d'îcones devenues moribondes, Kick Ass fait figure de verre d'eau glacée, que dis je, de choppe de bière en période de prohibition!  Le film de Vaughn ne prend pas le chemin de la prise de tête tel le somptueux Watchmen, mais s'engage sur la voie plus ingrate du divertissement réussi. Mais cela ne l'empêche pas de se vêtir d'un sous texte intéressant sur la place qu'occupe la culture populaire dans la vie de tout un chacun, et notamment de ceux qui ne vivent que pour elle. Dave Lizewski devient ainsi un équivalent à Don Quichotte, les livres de chevalerie sont seulement remplacés par les comics. Mais Vaughn a l'immense clémence de ne pas sacrifier son histoire à ces considérations thématiques, et nous épargne les élans sentimentaux et moraux qui rendent insupportables les Spiderman de Sam Raimi, pour ne citer qu'eux. Au contraire, il va tabler sur un humour pachydermique faisant passer Shaun Of The Dead pour un discours de François Fillon, sur une mise en scène ultra dynamique et un ton général très variable où l'on passe du choc inattendu (le premier coup de couteau, le meurtre du faux Kick Ass) à l'îconisation immédiate (les bastons avec Hit Girl), voire au grotesque (la mort de D'Amico). Tu m'étonnes que les producteurs se sont chié dessus...



      Vaughn se revèle surtout être un très bon directeur d'acteurs. Jugez vous même : Aaron Johnson, après avoir interprété John Lennon, revoit sa façon de parler et de se comporter pour interpréter de manière très rigoureuse un adolescent américain dans toute sa splendeur. Un acteur à surveiller attentivement, car prochainement dans le nouveau film de Hideo Nakata (Chatroom). Mais la vraie révélation du film se trouve être la jeune Chloé Moretz, véritable valkyrie de onze ans, qui tranche, découpe, et massacre les sous fifres de Franck D'Amico comme si eux mêmes étaient des gamins de cinq ans. Une vraie petite amazone en culottes courtes, qu'on verra prochainement dans le remake ricain de Morse par Matt Reeves. A leurs cotés, un Nicholas Cage qui convoque Adam West dans son interprétation fendarde d'un batman très borderline (décidément l'année 2010 sourit à l'ancienne gloire de Sailor et Lula), et un Mark Strong qui montre son savoir faire pour composer des méchants à sale gueule (Sherlock Holmes, Robin des Bois).

 

 

 

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      On avait déja remarqué un certain sens de la mise en scène chez Stardust, notamment dans la mise en place des éléments narratifs, et surtout, la volonté de raconter une histoire par l'action. Ici, Vaughn se surpasse, et montre un véritable savoir faire dans les scènes d'action (le fabuleux plan séquence de l'attaque de l'entrepôt par Big Daddy) et une inventivité indéniable, qui culmine dans la séquence en mode FPS très Call-Of-Dutyesque, montrant également à quel point Vaughn a réalisé un film générationnel (l'omniprésence des nouveaux moyens de communication, Facebook en tête). A la manière d'un Tarantino, le réalisateur prefère reprendre certains thèmes de musique de films déja existantes afin d'en faire des temp tracks parfaitement adaptés à l'action (les fameux In a Heartbeat et The Surface of the Sun de John Murphy, ou du Morricone qui plaira à tout bon cinéphile qui se respecte).




      Néanmoins, quelques scories subsistent. On regrettera par exemple que le film n'aille pas toujours au bout de son concept de départ (comme la BD), et verse finalement dans le film de super héros classique. C'est bien cool d'être un super héros. En effet, c'est bien l'absence de pouvoirs qui rend le personnage de Kick Ass attachant et doté d'un courage sans borne. Dans ce cas, pourquoi l'avoir immunisé contre la douleur suite à sa première déconvenue? N'est ce pas une sorte de palliatif à l'absence de super pouvoirs qui met à plat la motivation première du personnage? Il aurait également été plus pertinent de donner une autre issue à la romance entre Dave et l'autre poufiasse (mais bon, cela permet de mettre l'accent sur l'obsession mammaire du héros). Mais bon, comme dit plus haut, Vaughn a préféré la bonne humeur et l'humour débile, et on aura ainsi échappé aux atermoiements sans fin à la Spiderman. Merci Matt d'avoir offert aux jeunes Don Quichotte des comics un long métrage aussi jouissif, qui jamais ne prend son sujet de haut, mais au contraire le connait et l'aime. Tout simplement.

Par El Jono
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