Partager l'article ! Conan Le Barbare: Peu après que son père lui a ré ...
Peu après que son père lui a révélé le « secret de l'acier » lors de la fabrication d'une magnifique épée, la famille de Conan est massacrée avec tout son village
dont les enfants sont réduits en esclavage ; l'épée est prise par le vainqueur, qui apparemment a détruit le village pour s'en emparer. Enchaîné des années durant à une énorme roue, il reste le
dernier survivant et arrive à la mouvoir seul grâce à la force nettement au-dessus de la moyenne que lui a donnée cet exercice. Acheté par un maître de gladiateurs, Conan remporte combat sur
combat, d'abord grâce à sa force, ensuite grâce à une instruction spéciale. Libéré, il sauve un voleur, Subotaï, et parcourt le monde avec lui en rêvant de vengeance.
C'est en 1982 que débarque dans les salles de cinema ce qui reste encore aujourd'hui le plus grand film d'heroïc fantasy de l'histoire du septième Art, et ce malgré
le rouleau compresseur qu'a été le Seigneur des Anneaux. John Milius (le scénariste d'Apocalypse Now), avec l'aide d'Oliver Stone, imprime sur pellicule le personnage barbare créé par Robert
Howard, et signe ce qui est à la fois une épopée digne des peplums les plus épiques, un western sanglant, la quête initiatique d'un homme à la recherche d'un père et un voyage au coeur d'un
univers sauvage et farouche. Conan est bien plus qu'un film de combats à l'épée, et s'attache à présenter des personnages solitaires en quête d'identité : Conan, bien sûr, mais aussi Valéria
("Nous sommes un couple, laissons les autres passer leur chemin cette nuit"), le roi Olric("Il vient un temps où les bijoux et les joyaux perdent leur éclat, où la salle du trône devient une
prison et où il ne reste plus que l'amour d'un père pour son enfant"), ou sa fille qui, dans sa naïveté, se laisse berner par les promesses vénéneuses de Thulsa Doom. Un sous texte passionant qui
donne une profondeur étonnante au film et lui permet d'atteindre une universalité au delà des limites inhérentes à son genre, comme l'avait fait Apocalypse Now pour le film de guerre justement.
Bien entendu, Conan le Barbare reste le film de la révélation pour Arnold Schwarzenegger, qui trouve là l'un de ses premiers (et sûrement son meilleur) rôles.
Mâchoire carrée, accent pointu, crinière brune, silhouette d'armoire à glace, regard perçant, même Howard aurait approuvé le choix. L'Autrichien compose un barbare animal, pensif, taciturne,
magnétique. La preuve qu'il était né pour ce rôle. Au bout de la route semée d'embûche qu'emprunte Conan se dresse un sorcier énigmatique, interprété par l'impressionant James Earl Jones, qui lui
prête son visage unique et sa voix d'outretombe (celle de Dark Vador). Milius fait de ce personnage un ennemi original, qui intrigue plus qu'il n'énerve, qui reste peu démonstratif et assassine
de manière très vicieuse, qui subjugue par des paroles hypnotiques et un regard aussi insondable que le néant. Thulsa Doom le dit lui même, il est en quelque sorte le créateur de Conan, un père
spirituel qui possède des clés de compréhension du monde qui font défaut au jeune barbare (le fameux secret de l'acier) et des attributs matériels de son véritable père (l'épée volée, symbole
phallique de la virilité par excellence). Jones a très bien compris l'ambiguité de son personnage, et il faut le voir réprimander et punir Conan pour avoir tué son serpent, tel un parent
doucereux devant un enfant irrécupérable.
A ce scénario beau à pleurer s'ajoute une mise en scène à la puissance si évocatrice que certains plans frappent durablement la rétine (la mort de la mère de Conan,
la dernière procession devant la Montagne de Puissance, le supplice de l'arbre du malheur). Milius fait preuve d'un sens diabolique du découpage, sur lequel se greffe la musique légendaire de
Basil Poledouris (putain "Riders Of Doom"!). J'en veux pour preuve la terrible montée en puissance lors de l'attaque du village, et les soudaines explosions de violence dans la tour du serpent ou
lors de l'orgie dans le palais de Thulsa Doom. Poledouris (que son âme repose en paix) signe ici la partition la plus épique jamais entendue dans un film, et arrive à magnifier, avec quelques
choeurs et des violons d'un autre monde, des plans d'une beauté toute simple, tels que Conan s'entraînant devant la mer après sa guérison, ou Valéria se consumant sur un bûcher au coeur d'une
nuit d'encre.
Là où le film surprend également, c'est dans son traitement. Bien que les fans hardcore des nouvelles de Howard auraient préféré un spectacle un poil plus kitsch
avec des mutants et des morts vivants, Milius propose un univers plus sec, plus réaliste, à la limite du western. Les personnages sont confrontés à leur propre solitude dans des paysages
démesurés, les dialogues se font rares, mais sont tous percutants au delà du raisonnable, et la moindre poche de civilisation recèle de terribles dangers. Milius, à la manière d'un Leone, cadre
ses acteurs de manière très frontale, aucun de leurs états d'âme n'échappe à la camera, comme si chaque émotion devait s'étaler sur l'écran de la manière la plus crue possible, faisant du moindre
second rôle un écorché vif (les larmes de Subotaï). Cette méthode atteint son paroxysme lors d'une confrontation finale en champ/contrechamp, suivie d'une prise de conscience définitive de son
identité par Conan. Ce dernier finit de détruire l'héritage de son père spirituel, puis, pensif, s'en va construire sa propre vie ailleurs.
Il est très difficile pour votre serviteur de mettre des mots sur les émotions brutes qu'il ressent à chaque vision de ce monument du septième Art, et ce depuis sa
plus tendre enfance. Milius le disait lui même il y a peu, jamais aujourd'hui les producteurs ne le laisseraient tourner un film si contemplatif, si cruel. Il faut peut être voir là la raison
pour laquelle il n'a pas persévéré dans la réalisation. Pas grave, il a tourné un chef d'oeuvre, ce que n'ont pas été ses séquelles (loin de là), et ce qu'a peu de chances d'être l'actuel remake
en préparation par Marcus Nispel, avec un surfeur californien pour incarner le barbare de Cimmérie. Mais ceci est une autre histoire...
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