
Mére en instance de divorce à la recherche d'un appartement et d'un emploi, Dalhia s'installe avec sa fille dans une cité délabrée sur l'île Roosevelt, à New York. Dans ce cadre exigu à l'architecture imposante, la jeune femme se retrouve rapidement confrontée à de mystérieux phénomènes, comme le comportement de sa fille, auxquels vient s'ajouter une fuite d'eau noirâtre au plafond de sa chambre à coucher. Pressée par les manigances de son mari qui veut récupérer sa fille, Dalhia s'enfonce peu à peu dans une sorte de paranoïa hystérique et fait appel à un avocat pour se convaincre qu'elle n'est pas devenue folle. Mais, tandis que l'homme de loi reprend ses affaires en main, de nouveaux éléments viennent la convaincre qu'un fantôme hante l'appartement situé juste au dessus de sa tête.
Aprés The Ring et The Grudge, voici une énième transposition américaine d'un film d'horreur japonais à succès, prolongeant la mode des fantômes de petites filles avec des cheveux longs et noirs plaqués sur la tronche. Celui ci est réalisé par Walter Salles, qui nous a déja gratifié des merveilleux Frida et Carnets de Voyage, et bénéficie de la plus que charmante Jennifer Connelly (Il Etait une Fois en Amérique, Phenomena, Requiem for a Dream, Un Homme d'Exception...), toujours impeccable. Nous avons bien affaire ici à un remake de qualité, respectueux de l'oeuvre d'Hideo Nakata, mais réinterprété par un cineaste auteur brésilien, qui va y apposer ses propres thèmes et ainsi éviter le copier-coller.
Walter Salles, en effet, se promène ici dans un genre qui n'est pas son domaine de prédilection : le cineaste nous a habitué à des drames intimistes, où l'émotion et le ressenti prédominent. Mais a-t-il vraiment voulu tourner un film d'horreur? Malgré une ambiance pesante, humide et crade, une image altérée par un filtre aux tons moisis, des persistances fantastiques, on ne frissonne que très peu devant Dark Water. Mais le propos est ailleurs, car on est plus proche du drame fantastique que du film d'horreur à fantômes. Tout passe par les émotions du personnage de Dalhia, omniprésent dans le film. Le fantastique et le réel s'envoient des échos. Plus son mari la tourmente, plus la tâche au plafond s'étire, et plus cette présence menaçante dans l'appartement se fait sentir, plus les problèmes quotidiens de cette femme moderne s'accentuent, sont de plus en plus aigus, jusqu'à la mener au bord de l'hystérie, aux limites de la rupture.
De plus, l'horreur n'est pas seulement viscérale, elle est également psychologique; les évènements mystérieux de l'appartement sont troublants en eux mêmes, mais c'est l'interprétation qu'en fait le cerveau traumatisé de Dalhia qui donne le ton horrifique du film. D'ailleurs, tout s'explique lorsqu'on sait qu'en psychanalyse, l'eau représente tout ce qui a trait à la mère et à la maternité, et plus l'eau est sombre et profonde, plus le trouble est important. L'appartement devient donc peu à peu une sorte d'utérus matriciel rempli de liquide amniotique, pour une femme hantée par sa mère alcoolique, et sa fille, qu'elle surprotège. Un utérus rongé par un cancer (la fuite du plafond), un utérus grignoté par un corps étranger, une autre petite fille abandonnée, qui, jalouse de cette sécurité maternelle, convoite la place de Cecilia dans les bras de sa mère. Jusqu'à exiger une promesse fatale.
Mais, en dehors des thèmes et de quelques choix artistiques (la photographie, la pluie omniprésente chez Salles, ou une réelle claustrophobie chez Nakata), les deux films restent relativement identiques, la seule réelle différence réside dans le traitement cinematographique et dans le ressenti crée chez le spectateur. A part cela, le scénario, les personnages et le dénouement ne bougent pes d'un iota. Et bien que le remake de Salles n'ait pas à rougir face à son prédecesseur, le film originel de Nakata (tiré, ne l'oublions pas, d'un roman de Kôji Suzuki, à l'instar de The Ring) lui reste légèrement supérieur, surtout si on apprécie les films "d'hotteur". Votre serviteur vous conseille donc vivement de visionner en premier lieu le remake, pour que la claque dans la gueule made in Japan n'en soit que plus forte.
Pour terminer, un petit mot sur les acteurs : la belle Jennifer Connelly est tout simplement époustouflante dans un personnage constamment au bord de la rupture, qui peut basculer à tout moment dans la folie hystérique. Elle sait d'ailleurs parfaitement gérer les moments intimistes et les séquences pétage de plombs. Mais Walter Salles a su s'attirer également d'autres excellents acteurs pour interpréter les seconds rôles, et c'est avec plaisir que l'on retrouve le trop rare Pete Postlewhaite (Au nom du Père) en concierge irascible et secret, ou le très bon Tim Roth (Reservoir Dogs, La Planète des Singes) en avocat solitaire et efficace.
En définitive, un très bon drame/thriller fantastique, qui aura en plus le mérite d'intensifier la vision du chef d'oeuvre de Nakata. Espérons quand même que la mode des fantômes à cheveux longs ne durera pas, car ça sera dur de faire original la prochaine fois.








